Dans un rapport publié en novembre, le commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil, soulève une inquiétude légitime : la forte concentration d’élèves issus de l’immigration dans certaines écoles de Montréal et de Laval réduit les occasions de contacts interculturels avec le groupe majoritaire francophone. Ayant grandi principalement entourée de personnes issues de la même communauté haïtienne que moi, j’aimerais aujourd’hui témoigner de ces frontières ethnoculturelles qui ont été le principal frein à mon intégration, écrit Murielle Chatelier, présidente de l’Association des Québécois unis contre le racialisme (AQUR), dans La Presse. En tant que Québécoise, il m’est toujours étrange de parler de mon parcours d’intégration. Car après tout, je suis née ici, à Montréal, et j’ai grandi au rythme de Passe-Partout, de Watatatow et des Filles de Caleb. Cette réalité ne m’a pas empêchée d’avoir pris conscience un certain jour que je vivais peut-être dans un monde parallèle à celui de mes compatriotes qui n’étaient pas issus de l’immigration. Ce jour-là, c’était celui de ma rentrée au collégial, au cégep de Rosemont, à la fin des années 1990. Comme beaucoup de jeunes ayant grandi dans un environnement fortement marqué par l’entre-soi culturel, je me suis retrouvée pour la première fois en infériorité numérique dans un établissement scolaire. Expérience déstabilisante s’il en est une. J’ai alors fait ce que beaucoup font instinctivement : j’ai cherché des yeux ceux que je considérais comme « les miens ». Dans mes cours, rien. J’étais la seule personne colorée. Mais il ne m’a pas fallu grand temps pour retrouver les miens. À l’heure du dîner, ils étaient tous attablés ensemble à la cafétéria. Une table de « Noirs ». Face à cette scène, des questions se sont mises à tourbillonner dans ma tête, la principale étant : « Mais pourquoi ces “Noirs” se tiennent-ils à l’écart de tous les autres ? »