Jason Stanley a quitté les États-Unis pour s’installer au Canada en septembre dernier, laissant derrière lui un poste prestigieux à l’Université Yale pour rejoindre l’École Munk des affaires étrangères de l’université de Toronto. Ce chercheur spécialiste du fascisme a pris cette décision pour une seule raison : la liberté universitaire. « C’est la seule raison. Personne ne vient au Canada pour des salaires plus élevés, car on ne touche pas de salaires plus élevés. On a une retraite moins élevée, des salaires moins élevés, et parfois plus d’heures d’enseignement. C’est donc la liberté universitaire », a expliqué M. Stanley lors d’une entrevue avec La Presse canadienne. « Le Canada ne pourra jamais rivaliser avec les meilleures universités privées des États-Unis en matière de salaires et d’avantages sociaux. Il devrait faire tout ce qu’il peut, mais il ne les égalera jamais. Ce que le Canada peut donc offrir, c’est la liberté d’expression, la liberté universitaire et la démocratie », a-t-il ajouté. M. Stanley n’est pas le seul. Les associations d’enseignement supérieur des deux côtés de la frontière signalent un intérêt accru des chercheurs américains pour les postes universitaires au nord du 49e parallèle. Lynn Pasquerella, présidente de l’Association américaine des collèges et des universités, a mentionné à La Presse canadienne que de nombreux universitaires subissaient des pressions politiques de la part des gouvernements des États et du gouvernement fédéral pour modifier ce qu’ils enseignent et étudient. Elle a évoqué le cas très médiatisé d’un professeur de philosophie de l’université Texas A&M à qui l’on a interdit d’enseigner certaines œuvres de Platon — considéré comme le père de la philosophie occidentale — parce qu’elles traitaient du genre et de la sexualité.