06 mars 2021 - Syndicat des professeures et professeurs enseignants de l’UQAM
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L’enseignement en bimodal : rêve éveillé ou réalité?

Les récentes annonces du Gouvernement du Québec ont mis de l’avant un nouveau terme qui interpelle et inquiète les chargées et chargés de cours: le « bimodal », ou le « comodal ». Il s’agit en fait d’un mode d’enseignement simultané en classe et en ligne. Le groupe est alors divisé entre une partie d’étudiantes et d’étudiants dans une salle de classe en présence de l’enseignante ou de l’enseignant, et entre une autre partie, souvent majoritaire, qui suit le cours à l’écran, hors classe. Ce type de formation est très exigeant sur le plan de la planification pédagogique ainsi que pour le soutien et l’équipement nécessaires. L’expérimenter en contexte d’urgence et de mesures sanitaires exceptionnelles nous apparait très risqué.

De son côté, l’UQAM envisage le bimodal pour le trimestre d’été sous forme de projet-pilote volontaire, tel qu’on peut le voir dans une résolution de la Commission des études de l’UQAM du 2 février, à cet effet. Pour le trimestre en cours, les enseignantes et les enseignants pourraient choisir de nouvelles activités pédagogiques en présence, mais sur une base volontaire.

L’équipe syndicale du SPPEUQAM a récemment pu sensibiliser l’UQAM aux enjeux du bimodal. On se demande en effet pourquoi investir dans du matériel technologique pour une nouvelle forme d’enseignement alors que les enseignantes et les enseignants sont déjà à bout de souffle, compte tenu de l’absence d’investissement dans l’une des ressources les plus précieuses, soit le temps de préparation des cours? Aussi, est-ce que les membres du Syndicat sont à l’aise de voir se multiplier les caméras dans leurs salles de classe? Nous en doutons… Espérer que les chargées et les chargés de cours puissent à nouveau chambouler l’organisation de leurs cours, de leurs évaluations, de leurs méthodes pédagogiques, pour s’adapter à un autre type d’enseignement, et ce, sans encore et toujours de longues heures supplémentaires non reconnues, cela tient du rêve éveillé!

Plusieurs membres de notre syndicat ont adapté des formules pédagogiques pour diverses alternatives en ligne allégées recréant ainsi un lien de proximité; comment concilier cela pour deux formes d’apprentissage simultanées, en ligne et en présentiel? Aura-t-on tendance à privilégier un mode d’enseignement adapté à certaines personnes présentes en chair et en os, comme les chargées et chargés de cours le font depuis toujours, alors que les autres étudiantes et étudiants en ligne pourraient se sentir moins prises en compte? L’enseignement magistral est-il approprié pour ces deux groupes? Devra-t-on dédoubler les types d’évaluations pour les deux types de public étudiant? Voilà des questions qui méritent d‘être posées et pour lesquelles les réponses doivent être réfléchies.

L’équipe syndicale a de plus signifié à l’UQAM qu’il n’est évidemment pas question de modifier unilatéralement nos contrats du trimestre d’Hiver, ou que les chargées et chargés de cours subissent des pressions de la part des effectifs étudiants, de même que de leurs départements, écoles ou facultés. La question des affichages du trimestre d’été, en lien avec les types d’enseignement, sera au cœur des discussions qui devront avoir lieu prochainement avec la direction de l’UQAM et le Service du personnel enseignant.

Les membres du SPPEUQAM ont déjà discuté des risques du bimodal en conseil syndical et en assemblée générale dans le cadre de l’adoption du projet de négociation de leur convention collective, présenté depuis à l’employeur. L’UQAM connait donc la position des membres qui exigent que de véritables moyens soient donnés aux chargées et chargés de cours pour fournir une formation à distance de qualité, si l’UQAM souhaite développer ce mode d’enseignement, suite à la crise socio-sanitaire actuelle.

D’ici là, les chargées et chargés de cours ont toutes et tous hâte de se retrouver et de retrouver également leurs étudiantes et étudiants, mais pas encore une fois au prix d’une surcharge de travail, ni au prix de la santé psychologique de celles et ceux qui vivent aussi personnellement avec les conséquences de la crise sanitaire.