L’effet boomerang, selon Élisabeth Vallet


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En ce matin de novembre 2025, l’Histoire revient comme un boomerang : Cheney, le Darth Vader de la politique américaine, celui qui avait longtemps rêvé de l’expansion du pouvoir exécutif, pour exaucer ce souhait dans la foulée du 11 Septembre, est décédé. Pilier de la politique washingtonienne, il a été un farouche opposant des mesures prises par le Congrès pour reprendre les rênes de la présidence impériale (à la suite des dérapages nixonniens, notamment). Il avait alors dénoncé ce qu’il jugeait comme des dérives expansionnistes du pouvoir législatif, fustigeant le War Powers Act de 1973 (interdisant au président de mener des guerres sans l’aval du Congrès) et le National Emergencies Act de 1976 (imposant l’accord congressionnel pour déclarer l’état d’urgence) pour n’en citer que quelques-uns. Sa pensée, articulée autour de l’idée d’un exécutif fort, va donc trouver un sens dans la foulée du 11 Septembre, quand le pays se lance dans trois guerres : en Afghanistan, en Irak et « contre la terreur », guerres qui terniront irrémédiablement l’image des États-Unis à l’extérieur et qui alimenteront une lame de fond anti-establishment washingtonien à l’intérieur. Ainsi, ce républicain de longue date, qui a ouvertement dénoncé les exactions du 6 janvier 2021 (et son artisan principal) et qui a changé de camp à l’élection présidentielle de 2024 (en soutenant Kamala Harris), sera mort en voyant l’espace exécutif qu’il a contribué à redéfinir au début du siècle profiter pleinement au président actuel. La vie se comporte parfois comme un crotale, soutient Élisabeth Vallet, chargée de cours et directrice de l’Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand, dans une chronique du Devoir.