Une école québécoise sur trois — soit 750 des 2370 établissements publics et 200 privés — porte le nom d’un saint, d’une sainte ou d’un groupe sanctifié (la Sainte Famille, les Saints Martyrs canadiens…), rapporte Le Devoir. Il faut ajouter les autres innombrables références religieuses, de Notre-Dame à Jean Eudes. Du point de vue de la toponymie, la déconfessionnalisation du réseau scolaire reste une très grande illusion. À lui seul, saint Joseph a droit à 60 mentions dans la banque de données du ministère de l’Éducation. Son fils putatif, Jésus, s’y retrouve comme enfant, comme adulte, avec sa mère porteuse (externat Mont-Jésus-Marie), par son Sacré-Cœur et son saint nom (deux fois). La maman du Dieu incarné apparaît elle aussi en plusieurs déclinaisons : en reine du clergé, comme « Sainte-Marie » (une dizaine de fois), par son saint cœur, en médiatrice ou en regina assumpta. Mais cette affirmation ultradévote, plongeant ses références sur 2000 ans et jusqu’à l’autre bout du monde, signale en même temps la négation de beaucoup d’autres possibilités de reconnaissance par le nom des lieux. Le système scolaire québécois boude ainsi très largement ses refondateurs de la Révolution tranquille et les rejetons les plus admirables de son activité pédagogique : ses artistes, ses gens de lettres, ses scientifiques, ses gens engagés dans le monde sociopolitique.