« Il y a toujours un état de déni quand un régime s’installe. Jusqu’à ce que des gens apparaissent dans votre cour ou cognent à votre porte. » Le professeur Jason Stanley était courtisé depuis longtemps par d’autres universités. Mais quand on est professeur titulaire à Yale, une des plus prestigieuses universités au monde, il faut de bonnes raisons pour vous faire déménager, rapporte Yves Boisvert dans La Presse. Cette raison a prêté serment comme président des États-Unis le 20 janvier. Pour Stanley, un philosophe spécialiste du fascisme, l’heure était grave au point de le décider à s’exiler. L’Université de Toronto l’a invité à se joindre à la Munk School pour prendre la codirection d’une chaire en études américaines et en politiques publiques. L’an dernier, il a publié Erasing History (« Effacer l’Histoire »). Sous-titré « Comment les fascistes récrivent le passé pour contrôler le futur », l’ouvrage fait suite à une série d’autres sur le langage et la propagande, dont le plus connu est Les ressorts du fascisme – La politique du nous et du contre-nous (How Fascism Works) en 2018. « Je réécoute mes entrevues de 2018 et je me trouve naïf. Je disais des choses comme : Je ne crois pas qu’il ira jusqu’à instrumentaliser le système de justice criminelle contre ses adversaires [une marque des régimes autoritaires]… Ils le font ! Dans le même mouvement, l’Université de Toronto a débauché deux autres profs de Yale : Timothy Snyder, historien de l’Europe de l’Est, et l’historienne Marci Shore, spécialiste de l’histoire intellectuelle de l’Europe. «Un signe frappant du changement de régime aux États-Unis est le niveau de peur dans la société. La peur institutionnelle est à 11 sur 10. Tout le monde a peur que son établissement soit pris pour cible par Trump. J’adore Yale, mais les gens là-bas me disent : ils ont insulté un collègue qui voulait critiquer Trump. Tout le monde se cache sous la table», exprime Jason Stanley.
• Dépenser 1,7 milliard pour attirer des scientifiques étrangers est une fausse bonne idée.