La droite religieuse a recours à une stratégie sophistiquée pour séduire les jeunes, particulièrement les femmes, en recyclant leurs inquiétudes en discours antiféministes. Derrière des messages de bien-être, de tradition et de « retour aux valeurs » se cache un projet politique financé et savamment orchestré. Cette offensive gagne du terrain et le Québec n’est pas à l’abri. Le Réseau d’action féministe de la CSQ de janvier a été ébranlé par une conférence-choc de Marie-Sophie Villeneuve, conseillère à l’action sociopolitique à la CSQ, venue expliquer comment les mouvements conservateurs religieux mobilisent massivement les jeunes, particulièrement les femmes, en détournant des préoccupations légitimes pour servir un programme politique antiféministe. Lorsqu’elle a découvert le « Sommet pour le leadership des jeunes femmes » organisé par Turning Point USA, Marie-Sophie Villeneuve dit que son cerveau a « implosé ». Cette grande organisation chrétienne conservatrice, financée par de puissants lobbys comme la National Rifle Association, explique aux jeunes participantes comment « apprendre à lutter contre le mouvement féministe » et « découvrir leur féminité ». Son message est clair : laissez tomber vos aspirations professionnelles dans la vingtaine, trouvez un mari, faites des enfants. Marie-Sophie Villeneuve nous met en garde : nous n’avons pas ici d’équivalent exact du mouvement américain, mais les signes s’accumulent. Le réseau Canada Strong and Free, financé par des groupes religieux et l’industrie pétrolière, influence les partis conservateurs. La « marche pour la vie » est maintenant organisée annuellement devant l’Assemblée nationale. Des groupes ultraconservateurs comme la Fraternité Saint-Pie-X s’implantent en région et opèrent des écoles, en marge de la loi. Pendant que la classe politique est obsédée avec « l’islam radical » (5 % de la population du Québec serait de confession musulmane en 2021), les influenceurs chrétiens conservateurs, proches du Parti conservateur canadien, accumulent des millions d’abonnés en parlant d’un « retour à la famille traditionnelle ».