Chaque fois que l’itinérance fait les manchettes, ça participe à façonner l’image et la compréhension qu’on a du phénomène. Dans les dernières années, la présence plus visible de la détresse des personnes qui vivent des situations d’itinérance dans l’espace public a attiré l’attention médiatique; les reportages et les chroniques se sont multipliés. C’est dans ce contexte que la semaine dernière, le milieu communautaire en itinérance montréalais s’est réuni pour faire le point, écrivent trois membres du RAPSIM dans Pivot. Des constats clairs sont ressortis face à la couverture journalistique de l’itinérance. D’un côté, il y a une hypervisibilité médiatique de ce qu’on appelle les inconvénients liés à l’itinérance et de l’autre, une invisibilisation des causes du phénomène et des réalités des personnes qui la vivent. Une augmentation de la déshumanisation des personnes est constatée. L’itinérance et les personnes qui la vivent sont dépeintes comme quelque chose à diluer, à contenir, à effacer. Dans les couvertures journalistiques, des affirmations erronées sont parfois présentées comme des faits, les organismes communautaires en itinérance sont relayés à des groupes d’intérêts avec peu de crédibilité, et les personnes premières concernées ne sont que rarement entendues au-delà des anecdotes. Or, les experts du phénomène de l’itinérance sont justement ces personnes qui la vivent. Les impacts sur le terrain sont clairs. Pour les personnes, plus de stigmatisation, de la discrimination dans l’accès aux soins, du racisme vécu et un sentiment d’exclusion. Pour les organismes, des milliers de dollars et une énergie immense dépensés dans la gestion de crise médiatique au lieu d’aider les personnes. Un climat de méfiance, d’hypervigilance, et de repli sur soi s’installe. C’est normal dans un contexte où on voit des actes de violence envers des collègues : se faire huer, traquer, insulter dans les lieux publics par les personnes logées mécontentes. Nous avons même vu des fermetures de services et l’abandon d’ouverture de projets nécessaires suite à des levées de boucliers de quelques citoyens, amplifiées par la couverture médiatique.
Autres textes liés à l’itinérance et au logement (avec la collaboration du RAPSIM) :
• Montréal lance une nouvelle initiative de dons appariés pour soutenir les personnes en situation d’itinérance.
• Une ressource pour femmes dénonce le manque de financement en itinérance.
• Centre-Sud n’a pas peur de la cohabitation.
• Dossier : La vie en HLM.
• Les consultations ne sont pas une panacée assurant une démocratie saine.
• Projet de loi 13 : Non aux nouvelles limites au droit de manifester.