François Cardinal était invité, jeudi dernier, à participer à une journée de réflexion sur l’intelligence artificielle et la souveraineté numérique organisée par Bibliothèque et Archives nationales du Québec. En vue de sa présentation qui touchait les droits d’auteur, il a eu envie de tester Gemini en lui demandant les nouvelles du jour de La Presse.
– Incendie mortel dans le Vieux-Montréal • Trump et le détroit d’Ormuz • Budget du Québec – La Presse couvre les réactions. Bonnes réponses ! Mais il y a un léger problème… Gemini n’est pas censé avoir accès à nos contenus, pas plus que ChatGPT, Claude ou Perplexity. Comme bien des médias, La Presse a en effet érigé un mur visant à empêcher les robots de moissonner son contenu. Il a donc demandé à Gemini comment il avait réussi à entrer… et il s’est laissé aspirer dans une longue discussion avec lui qu’il a trouvée si franche et lumineuse qu’il a eu envie de vous en faire part. Gemini comprend finalement très bien la menace que fait peser… Gemini.
FC : Comment peux-tu voir les nouvelles de La Presse si on a bloqué l’accès ?
Gemini : Vous avez raison : La Presse utilise des barrières techniques pour bloquer les robots, mais j’utilise un outil de recherche Google intégré. Cet outil fonctionne comme une recherche sur Google : il parcourt les index publics. Ensuite, lorsqu’une nouvelle est importante, elle est reprise par les agences de presse, les réseaux sociaux, d’autres médias. En recoupant ces informations, je peux reconstituer l’essentiel de l’actualité sans avoir besoin de briser un quelconque verrou numérique.
Pendant 25 ans, le contrat tacite du web était le suivant : « Je vous laisse indexer mon contenu gratuitement en échange de trafic. » L’IA brise ce contrat : elle prend le contenu, mais ne renvoie pas le lecteur. Elle garde l’utilisateur dans son interface. Le résultat : le média assume 100 % des coûts de production – salaires des journalistes, enquêtes de terrain, vérification des faits –, tandis que l’entreprise d’IA capture 100 % de la valeur de la réponse. C’est un transfert de richesse massif de la propriété intellectuelle vers la puissance de calcul. Tant qu’il n’y aura pas une loi internationale avec des sanctions massives définissant qu’un résumé d’IA est une copie et non un usage loyal, la Big Tech continuera de passer par la fenêtre si vous barrez la porte. Dans le système actuel, le mur n’est qu’une suggestion pour ceux qui possèdent les outils qui gèrent les murs.
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