Devenir livreur de colis pour Amazon ? C’est possible en quelques heures, comme l’a expérimenté La Presse. Les conditions de travail sont éreintantes, le salaire, modique, et la sécurité, secondaire. Des experts qualifient le modèle d’affaires de la multinationale de discutable. Pour livrer à leurs clients des colis en des temps record, les entreprises comme Amazon ont mis en place des modèles d’affaires aux pratiques discutables, selon des experts et la présidente de la CSN sondés par La Presse. Un an après l’annonce de la fermeture des entrepôts du géant américain au Québec, Caroline Senneville, présidente de la CSN – la centrale qui a tenté de syndiquer les employés d’un entrepôt à Laval –, n’est pas surprise du modus operandi d’Amazon. « On savait qu’ils feraient affaire avec des sous-traitants, dont Intelcom », dit-elle. Elle précise qu’Amazon utilise ce modèle d’affaires ailleurs, notamment dans les pays scandinaves, où le taux de syndicalisation est élevé. « La façon qu’ils ont trouvée de ne pas gérer de syndicats, c’est d’envoyer ça à la sous-traitance, ou “surtraitance” : même leurs sous-traitants ont des sous-traitants », observe Mme Senneville. Le professeur de relations industrielles à l’Université du Québec à Trois-Rivières Jean-Claude Bernatchez qualifie cette sous-traitance de « pyramidale ». « Plus on descend, plus les actes sont sous-payés, explique-t-il. C’est tout le concept de salariat qui s’efface tranquillement derrière ça, avec une main-d’œuvre précaire qui ne connaît pas du tout ses droits. »