« J’ai déjà fait un show devant 40 000 personnes à Montréal. J’ai fait 250 $ ce soir-là pour être sur la grande scène de la place des Festivals. J’avais un shift dans un bar le même soir. J’ai fait plus d’argent au bar [300 $]. » Membre de Dear Criminals et de Random Recipe, Frannie Holder travaille comme autrice-compositrice-interprète à temps plein depuis 19 ans. Sans filet de sécurité, rapporte La Presse. Le problème est multifactoriel. Premièrement, les artistes gagnent généralement des revenus très modestes (Revenu médian annuel de 26790$ en 2015) par rapport au reste de la société. Deuxièmement, le travail est précaire (on vogue de contrat en contrat). Troisièmement, il n’y a pas de filet social pour les artistes, des travailleurs autonomes qui ne sont pas admissibles à l’assurance-emploi (60 % des artistes sont des travailleurs autonomes). « On se cache les yeux devant une absence de droits qui est inacceptable. On ne l’accepterait dans aucun autre secteur d’activités », dit Simon Brault, directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada de 2014 à 2023. Comme solution, l’idée d’un revenu minimum garanti pour les artistes, comme en Irlande, apparaît séduisante à première vue. Ce n’est toutefois pas celle préconisée par l’Union des artistes (UDA). Si on adoptait un revenu minimum garanti, ce serait pour l’ensemble des travailleurs, pas seulement pour les artistes, estime l’UDA. Sinon, ce serait « inéquitable » pour les autres travailleurs, dit l’actrice Tania Kontoyanni, présidente de l’UDA. Simon Brault doute aussi que ce projet irlandais puisse s’appliquer au Québec et au Canada. C’est une question… de culture. Si on ne crée pas de revenu minimum garanti, que fait-on à la place ? Un (premier) pas de géant serait de rendre les artistes admissibles à l’assurance-emploi entre deux contrats, pendant qu’ils cherchent des contrats ou perfectionnent leur art.
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