L’objectif dans le cadre du projet de loi 3, « encadrer l’utilisation des cotisations syndicales qui dépasse la mission première d’un syndicat », m’a profondément heurtée, écrit Louise Harel dans Le Devoir. Législatrice pendant 28 ans à l’Assemblée nationale, je sais ce que le « modèle québécois », son filet social, économique et la promotion de la langue française, doit à l’action syndicale au-delà de la négociation des conventions collectives et de ce que le ministre appelle « la mission première ». C’est de plus nier la spécificité du syndicalisme québécois, dans le contexte du syndicalisme d’affaires nord-américain, sa longue tradition de mobilisation sociale à l’égard d’enjeux plus larges. Le Québec devrait plutôt être fier de cette tradition bien implantée, d’autant que les mêmes milieux politiques, a contrario, reprochent aux syndicats de ne penser qu’aux intérêts de leurs membres au détriment du reste de la société. Je veux sommairement rappeler à notre mémoire collective et à celle des plus jeunes ce que le « modèle québécois » doit à l’action syndicale. À partir du combat pour la réduction de la journée de travail de 12 heures et l’augmentation du salaire minimum, le syndicalisme québécois n’a cessé d’être à l’avant-garde des réformes qui ont amélioré nos vies. Une sorte de bougie d’allumage, en matière d’assurance maladie universelle, du régime de santé et sécurité du travail, du régime d’assurance parentale — à partir des congés de maternité négociés par Monique Simard à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) en 1979 —, de la promotion des services de garde devenus plus tard les centres de la petite enfance (CPE), des congés maladie à l’assurance-emploi.